« SANS CRAINTE NI COMPLAISANCE », LE TON EST DONNE.

« SANS CRAINTE NI COMPLAISANCE », LE TON EST DONNE.

À l’occasion de la célébration du 03 mai, pour cette année 2020 ; l’Organisation des Nations Unies, à travers l’UNECO a choisi comme thème « Le journalisme sans crainte ni complaisance ». Ce thème nous interpelle quand étant censé être dans une ère où l’information devrait être accessible à et pour tous, le système multi-médiatique mondial est trop souvent remis en question. En effet, l’essor des nouvelles technologies ne semble désormais être qu’un prélude à un « capharnaüm info-communicationnel » sans précédent : dictature de l’instant, tous journalistes, info-pouvoir, fake news, désinformation… Privée d’une éducation aux médias et à l’information, digne de ce nom ; les populations de par le monde produisent et consomment des (systèmes) informations à l’image de leur monde : globalisé mais fracturé, branché mais déconnecté, à jour mais déraciné.

Notre objectif ici n’est pas de prétendre apporter les solutions à ces dysfonctionnements ; ni de désigner les responsables de ces incohérences. Face au contexte sanitaire mondial dont le dénouement est plus que jamais incertain, nous estimons que, autant la période actuelle que les pratiques de communications présentes- mondiales et locales- nous emmènent à reposer un regard décalé mais objectif, sur les réels enjeux info-communicationnels de notre temps : quel.le.(s) type(s)/genre(s)/pratique(s) de journalisme devrai(en)t accompagner les citoyens malgaches ? Pour être plus précis, nous ne faisons ici qu’interpeller et mobiliser les consciences et les savoirs des collègues et des (futurs) praticiens de ce domaine.

A Madagascar, comme dans le monde entier d’ailleurs, le journalisme est un combat de tous les jours : un parcours du combattant pour des praticiens qui vivent relativement mal de leur passion ; une bataille pour les titres et stations qui essaient en vain de maintenir le cap d’un journalisme indépendant et objectif ; une guerre que se livre l’information face à la publicité et la propagande. L’envergure de la lutte est probablement sous-estimée par ceux qui critiquent « le sensationalisme » adopté par certains organes de presse, ou l’omniprésence des « felaka »1 dans le système médiatique malgache. Ce système a connu un relatif changement (conceptuel et pratique), qui nous impose à notre tour d’y poser un regard en cohérence avec notre temps, et des questionnements très pragmatiques face à l’urgence de la situation.

Pour ce faire, nous proposerons ici des débuts de pistes de réflexion et de chantiers qui nous semblent plus que jamais urgent.e.s :

1.Repenser les formations (continues et initiales) en journalisme ET communication :

i) répondre aux besoins nationaux de formation en réadaptant les standards internationaux ;

ii) accompagner les professionnels vers des mises à jour utiles et pertinentes des pratiques.

2.Détruire la relation incestueuse des médias et des politiques :

i) réduire l’asservissement des médias aux intérêts politico-économiques ;

ii) différencier les concepts et pratiques de « journalisme politique » VS « communication politique ».

3.Prendre conscience du « rôle humaniste » des professionnels des médias dans nos sociétés contemporaines :

i) journalistes = veilleurs – éclaireurs – amplificateur ;

ii) informations = matière – produit – outil de décisions.

C’est ainsi, par cette « voie/voix » qui alerte, que nous espérons contribuer un tant soit peu, au débat qui est appelé à s’enrichir et à se diversifier ; dans notre communauté, consciente de nos propres faiblesses et de celles que « les autres » nous imposent. Nos « razana »2 étaient visionnaires doublés de sagesse, en arguant que « aleo halan’andriana, toy izay halam-bahoaka »3 ; car même détenant un quelconque pouvoir (délégué ou pris de force), les politiques et autres forces prépondérantes (économiques, religieuses, culturelles, …) ne devraient jamais prendre le dessus sur les principes du journalisme : servir la démocratie & éclairer les citoyens.

1 émolument offert aux journalistes par les « annonceurs »

2 litt. « ancêtres »

3 litt. « il vaut mieux être haï par le roi, que détesté par le peuple »

 

 Fait à Antananarivo ce 3 maI 2020

Frédéric RAKOTOARISON RANAIVO

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar