NON À LA BARBARIE, OUI À L’HUMANITÉ

NON À LA BARBARIE, OUI À L’HUMANITÉ

ILONTSERA s’associe aux douleurs des familles endeuillées lors de la manifestation du 21 avril dernier et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. L’Observatoire des médias et de la communication regrette que l’espoir démocratique populaire soulevé fût suivi de crimes et  blessures, aggravant sa régression déjà maintes fois dénoncée. Une fois de trop, le sang a coulé au nom de la politique de la peur, de la barbarie, du déni d’humanité, de l’autisme aux cris de détresse et de désespoir  d’un peuple à genoux, méprisé, exaspéré, saigné à blanc, humilié, dépossédé de ses droits et de son histoire délibérément raturée, condamné malgré lui à une servitude volontaire… la politique des oligarchies du mensonge, de l’imposture, de la vénalité, de l’obsession du pouvoir, de l’argent et de la brillance….

                La politique de l’irresponsabilité  face aux forces de l’ombre, de la finance et des marchés…  la politique des piètres politiciens de métier ou opportunistes dont l’inculture historique et politique est si lamentablement travestie autant par une morgue insolente à travers la violence indécente du langage que l’héritage des dérives autocratiques mortifères dans la pratique du pouvoir, d’où qu’on intervienne. La recherche trop facile de bouc émissaire à leurs carences,  comme le vieux et dangereux réflexe du réveil, déjà perceptible, des fantômes du passé- celui de l’ethnicisation des rapports sociaux et politiques en l’absence d’une force d’analyse- leur restent rédhibitoires.  

                La même cécité politique dans les tentatives de musèlement de Marc Ravalomanana à Toliara (6 janvier 2018) et Ambalavao (18 avril 2018) et d’Andry Rajoelina à Mahajanga (30 mars 2018), le forcing éhonté du vote controversé du projet de loi organique relative aux élections au mépris de la Commission consultative, la duperie programmée du vote de la loi sur les ZES -celle de la prédation institutionnalisée- ont excédé non seulement les partisans des deux camps politiques opposants au régime, mais aussi une frange importante de la majorité jusque là silencieuse et dont la conscience politique est réelle. L’explosion de joie des manifestants investissant légitimement le parvis de l’hôtel de ville suite au repli des forces de défense et de sécurité ce samedi 21 avril 2018 est suffisamment emblématique  d’une vitalité réprimée des aspirations démocratiques.

                La surdité politique aux interpellations répétées de « la société civile » avec le mouvement « Aok’izay » du 15 mars 2018, au communiqué du 29 mars 2018 d’ILONTSERA lancé à qui de droit, conjurant une nouvelle tragédie, précédant le vote contesté du projet de loi sus –cité… mais en vain, est révélatrice  de l’aveuglement d’une gouvernance décadente. OR, la communication politique est prioritairement une affaire d’écoute. Elle ne peut se réduire à un décryptage simpliste, tronqué, limitant, de l’histoire de notre Peuple- celle pré ou post 1972 occultée ou ignorée- à celui d’une lecture courte par des forces conservatrices postcoloniales… à des poncifs éculés.

                Par conséquent, ILONTSERA appelle au respect de la liberté d’expression, des droits civils et politiques et des droits de l’homme, pour plus d’égalité sociale, politique, plus d’humanité,  de fraternité et de solidarité, dans la délibération collective et publique des fokonolona, tout en condamnant la répression des forces démocratiques.

                Par ailleurs, l’Observatoire des médias et de la communication condamne avec fermeté la violence multiforme faite aux journalistes quels que soient leurs organes d’appartenance et leurs tendances politiques. Nous appelons les autorités à une lecture plus lucide de l’histoire, à plus de hauteur et d’ouverture dans le respect des droits incombant à la presse en ces moments tragiques, au nom du droit à l’information de chaque citoyen. Nous renouvelons notre confiance auprès des journalistes qui poursuivront leur difficile mission, celle d’un engagement démocratique, en toute responsabilité, avec vigilance et exigence, dans les circonstances aussi complexes que nous vivons, dans le respect de l’éthique, de la déontologie, celui de la vérité des faits, quelles que soient les issues aujourd’hui encore incertaines de cette situation.

Fait à Antananarivo, ce 23 avril 2018

 

 

 

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

Media Matters Madagascar