COMMUNICATION MÉDIATISÉE : SACHONS TIRER LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

COMMUNICATION MÉDIATISÉE : SACHONS TIRER LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

ILONTSERA, en tant qu’Observatoire des médias et de la communication à Madagascar, ne peut se taire face à l’ambiance délétère dans laquelle se trouve de nouveau le secteur médiatique national (https://www.oeil-maisondesjournalistes.fr/2020/10/13/madagascar). Après les péripéties de la réquisition des médias pour cause de COVID- 19 qui a vu la restriction des libertés de la presse et d’expression, et qui a valu à une journaliste d’être emprisonnée, voilà maintenant les affaires MBS, « Rolly Mercia » et la guerre déclarée entre l’Ordre des Journalistes de Madagascar (OJM) et le Ministère de la communication et de la Culture (MCC) qui viennent perturber l’harmonie et la paix sociales au moment où tous aspirent à plus de sérénité pour se remettre des mois de « galère » dûs au confinement et à l’état d’urgence sanitaire.

            L’histoire devrait nous interpeler à propos de cette nouvelle loi sur la communication médiatisée 2020-006 et sur les tentations des régimes successifs d’inféoder l’Ordre professionnel des journalistes au pouvoir en place. Dès le lendemain de sa création, en 1974, son ancien président, le P. Rémi Ralibera, avait tout fait pour contrer le désir de l’Amiral Didier Ratsiraka d’obliger les journalistes à prêter serment à la Charte de la révolution socialiste. Depuis, cette relation incestueuse entre politique et médias n’a eu de cesse de saper la liberté de presse et d’expression dans le pays au point d’enfanter d’une presse aux ordres, peu professionnelle, maintenue dans un état de précarité chronique qui empêche le respect de l’éthique et de la déontologie.  

            La même histoire devrait nous interpeler sur les conséquences néfastes que cette politisation à outrance du secteur médiatique a sur notre fragile démocratie. Les conflits et les tentatives de politiser l’Ordre, les vengeances politiques entre journalistes, les atteintes détournées à la presse et aux journalistes, la polarisation du milieu médiatico-politique, l’instrumentalisation des lois, …. La même rengaine depuis des années sans que l’on ait voulu y mettre un terme préférant l’alternance en prison que l’alternance démocratique, l’alternance dans la rue plutôt que dans les urnes. Et à ce rythme, ce n’est pas demain la veille tant que rancune, haine et rancœur inondent notre environnement médiatique. La réconciliation ne devrait pas être que politique, elle doit être aussi médiatique.

            Certes, l’idée de décentralisation des structures médiatiques n’est pas mauvaise en soi, comme le stipulait le Sénat à propos des représentations régionales de l’OJM. Mais les intérêts des parlementaires ne sont pas forcément ceux des journalistes, et in fine des citoyens. L’interdiction de publier les informations sur les débats à huis-clos aux parlements qui a été tant décriée par les journalistes eux-mêmes, contrairement à ce qui était prévu dans le projet de loi, en est la preuve. En outre, depuis 2009, la délivrance de la carte de presse et la commission chargée de la délivrer ont toujours suscité la controverse et n’ont cessé de diviser les journalistes. Mais l’on ose espérer que cette fois l’histoire bégaiera et que l’élection des membres du bureau de l’OJM et la distribution des cartes professionnelles se feront pour une fois de manière réellement propre et démocratique.

  Pour toutes ces raisons, ILONTSERA appelle :

 – au respect des libertés de presse et d’expression, consacrées aussi bien par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que par la Constitution malagasy et la loi sur la communication médiatisée ;

 – à la prise de responsabilité de chacun, journaliste, autorités, Société civile, citoyens, pour œuvrer à l’instauration d’un environnement médiatique plus mesuré et apaisé, qui garantirait plus de sérénité à la population déjà épuisée par la crise du Coronavirus ;

 – à un bon usage de la loi pour qu’elle soit réellement au service de l’intérêt général ;

 – à tirer une bonne fois pour toutes les leçons de l’histoire.

Fait à Antananarivo, le 21 octobre 2020

 

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar