DÉRAPAGE COMMUNICATIONNEL DU 26 JUIN ET TRAUMA COLONIAL

DÉRAPAGE COMMUNICATIONNEL DU 26 JUIN ET TRAUMA COLONIAL

La dérive verbale télévisée à connotation racisante d’une reporter de la chaîne publique au cours de la célébration de la fête de l’Indépendance (?) de Madagascar à Mahamasina, au-delà de l’indignation des citoyens et de la promptitude des excuses officielles, nous interpelle. Elle est révélatrice d’un héritage colonial non-dit, masqué sans doute, inconscient et inhibé en profondeur assurément, quand bien même refusé. Elle est la résultante des mémoires et  histoires douloureuses, silencieuses, effacées, invisibilisées, tabous, celles qui ont et continuent encore aujourd’hui à investir nos corps, nos comportements, notre mental, nos idées, nos langages… Les récits tronqués, structurés, relayés  ou oubliés dans une amnésie délibérée et renforcée par les dispositifs institutionnels (écoles, medias, églises, armée, commémorations…) encore à l’œuvre, sont ceux des souffrances  de nos sociétés racisées et stigmatisées idéologiquement Blancs/Noirs par des pouvoirs esclavagistes, colonialistes, postcolonialistes locaux et étrangers, impérialistes dominants. Cet excès de discours entendu est simplement l’expression de« l’effet-retour » déjà évoqué par A. Césaire. Il hypothèque gravement un dialogue en humanité nécessaire, au sein de nos sociétés locales, nationales, mondiales.

Minorer la dimension anthropolitique de cette bavure et de sa       violence confortera les discours et actions hégémoniques sur les peuples «  qui ne sont pas encore entrés dans l’histoire ».

Aussi, Ilontsera, bien que consciente de l’inscription dans un processus historique long,  rappelle l’urgente nécessité d’une communication pacifiée et décomplexée qui implique une décolonisation audacieuse des formations, de leurs programmes, au niveau des différents dispositifs : école(PSE), université, media, droit, art, administration, politique, écologie, armée, église, culture, santé, société civile…

Ilontsera ose croire aux possibles : celui d’un sursaut solidaire des composantes de nos sociétés- si bouleversées et laminées soient elles par les agressions internes et externes multiformes- celui de la construction d’une Histoire décoloniale impérative, dépolluée, pour une libération créatrice (bonheur ? développement ? progrès ? émergence ? …) et une communication moins violente dans notre monde multipolaire.

                                    Fait à Antananarivo ce 28 juin 2019

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar

NON À UNE COMMUNICATION POLITIQUE DU MÉPRIS

NON À UNE COMMUNICATION POLITIQUE DU MÉPRIS

L’épisode politique d’un référendum mort-né sur l’amendement ? le changement ? de la Constitution malgache déjà si sérieusement controversée dès sa naissance en décembre 2010, témoigne de la fragilité des quelques acquis démocratiques obtenus jusque-là à Madagascar. Passé une période de grâce sans anicroche consécutive à la passation de pouvoir présidentiel en janvier 2019, la confusion au sein de diverses entités citoyennes provoquée par le flou autour du projet jumelé temporellement aux législatives du 27 mai 2019 subitement annoncé dans la soirée du vendredi 26 avril 2019, agressive, ne pouvait qu’être désastreuse. En effet, au-delà du tollé autour de son opportunité et de sa validité constitutionnelle, c’est la forme de communication d’abord qui inquiète et interpelle, car elle présage souvent des intentions.

Face à cette impression de précipitation, voire de panique créée par la brutalité de l’information, la succession intempestive de communiqués, déclarations, conférences de presse, mises en scènes politiques infantilisants entre « l’art de la vérité et du mensonge » (Hessel), les questionnements sinon l’inquiétude de l’opinion publique sont légitimes : improvisation autoritaire ? amateurisme politique ? diversion autour d’une panique réelle face aux prochaines échéances législatives ? violence institutionnelle, provocation délibérée ? gouvernance dictatoriale d’une communication politique du « mépris » pour des enjeux politiques et/ou économiques inavoués ? Autant d’interrogations et d’incertitudes qui égarent, déstabilisent de trop et aggravent la défiance des citoyens envers les « gouvernants ». 

« La communication politique est l’espace où s’échangent les discours contradictoires des trois acteurs qui ont la légitimité à s’exprimer publiquement sur la politique et qui sont les hommes politiques, les journalistes et l’opinion publique » (Wolton). Étions-nous, serons-nous enfin prêts à respecter cet impératif démocratique ? Faute de débats préalables et d’informations légitimement données et non arrachées sous la pression des citoyens, le public a crié à la trahison. Aucun régime ne peut sortir indemne d’une telle épreuve de force. Au-delà des théories en communication et politique, on peut regretter que la dimension politico-culturelle cardinale du « Teny ierana » interactionnel et délibératif, le souci de la paix et de l’harmonie sociales, aient été simplement ignorés au profit du « Tiankano tsy tiankano », « Didiko fehy lehibe », « Kabary tsy valiana » c’est-à-dire le langage du « top down » autoritaire et intolérant de la pensée unique, le diktat d’une communication répressive vécue.

Ce viol des consciences- forme de violence symbolique sur les populations exaspérées mais apparemment résignées et politiquement apathiques, embourbées au quotidien dans l’insécurité, la précarité, le spectacle insultant des injustices et inégalités sociales- nourrit dépit, frustration, rêve de vengeance incontrôlée, toujours dangereux.

 

L’espoir d’un vrai changement reste immense de la part d’un peuple avide d’une véritable démocratie sociale et humaine méritée (accès à la santé, l’éducation, l’emploi, au bonheur…), à qui l’on a beaucoup promis, en vain, depuis près de 60 ans : la liberté d’expression, la liberté de presse, le droit d’informer et d’être informé … Il existe une nécessité impérieuse face aux chaînes publiques de gouvernement, excluant les opposants, marginalisant la presse adverse, favorisant les médias « présidentiels ». Il existe une urgente nécessité face aux relations « ambiguës » entre médias publics et pseudo privés des oligarques du pouvoir. Elles restent encore à (re)penser. Notre démocratie est aussi à ce prix.

Fait à Antananarivo, ce 29 avril 2019

 

ILONTSERA

                                                       Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar

BILAN MÉDIATIQUE ET COMMUNICATIONNEL DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018  ET NOUVELLES PERSPECTIVES DÉMOCRATIQUES

BILAN MÉDIATIQUE ET COMMUNICATIONNEL DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018 ET NOUVELLES PERSPECTIVES DÉMOCRATIQUES

Le pays aborde un tournant délicat et décisif de son histoire. Il s’agit désormais de tirer les leçons du passé pour éviter les mêmes erreurs si l’on voudrait mettre fin aux crises cycliques qui mettent à chaque fois à terre les efforts de croissance et de développement du pays, et instaurer réellement la paix et la sérénité pour les années à venir. Comme la tentation d’une « justice du vainqueur » qui empêche de trouver le juste équilibre entre la lutte contre l’impunité, la recherche de la vérité et la nécessité d’une vraie réconciliation notamment dans son aspect médiatique et communicationnel. Notre histoire récente a montré que les journalistes et les médias figurent toujours parmi les « dégâts collatéraux » lors des périodes de changement de régime quand les politiques, eux, peuvent toujours s’esquiver en trouvant un « accord politique ».

            Il est clair que les médias et la communication ont été au cœur de cette élection présidentielle aussi bien en amont qu’en aval, depuis la contestation du Code électoral, en avril 2018 sur la Place du 13 mai, jusqu’à la proclamation des résultats officiels par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) en passant par la contestation des résultats du deuxième tour sur la même Place. Le traitement médiatique et informationnel des scrutins a montré au grand jour les failles, longtemps connues et dénoncées, de notre paysage médiatique dont les conséquences ont atteint leur summum pendant cette élection présidentielle.

            En premier lieu, la dangerosité de l’imbrication de la politique et des médias et les risques qu’encourent les journalistes pendant leur mission du fait de cette relation malsaine. Ensuite, le règne de l’argent-roi inondant toute la presse pendant la propagande. Tout comme la guerre médiatique illustrée par la polarisation du paysage médiatique qui a limité le pluralisme de l’information, donc un choix plus éclairé, pour l’électeur lambda préférant rejoindre en partie le rang des très nombreux abstentionnistes. Surtout qu’aucune limite n’ait pu été imposée permettant la propagation à grande échelle de rumeurs, mensonges, fausses nouvelles, diffamations et manipulation en tout genre dans des médias traditionnels mais surtout sur les réseaux sociaux.

            A chaque citoyen de s’impliquer également davantage dans la vie de la Nation et dans le processus électoral, notamment en vérifiant l’inscription dans la liste électorale, et surtout en suivant plus, et mieux, les informations et les actualités. Sans oublier l’impératif d’une meilleure communication au niveau de toutes les instances électorales ainsi qu’une formation plus soutenue pour tous les personnels de vote en vue d’améliorer les prochaines échéances électorales.

            En outre, la paix des prochaines années sera au prix d’un réel respect de la liberté d’expression, du pluralisme des idées, du droit à l’information, gages de l’application d’un acquis démocratique, au-delà des controverses, qui a mis à la tête du pays un nouveau Président de la République et qui fera émerger une opposition souhaitée appelée à exercer librement et en toute responsabilité ses droits. L’investiture du nouveau Président Andry Rajoelina, le 19 janvier dernier, assistée de tous les anciens Chefs d’Etat, a été déjà un grand pas dans l’histoire de la jeune démocratie malagasy. L’enjeu futur est de capitaliser le geste au-delà du symbolisme et œuvrer réellement ensemble au développement du pays.

Fait à Antananarivo, ce 22 janvier 2019

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

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MAGAZINE TRANDRAKA 4

MAGAZINE TRANDRAKA 4

La parution du 4ème volet du magazine TRANDRAKA a eu lieu le 10 décembre 2018 avec pour thème principal les droits de l’Homme. Le choix de cette date n’est pas un hasard car elle concorde avec la célébration des 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Madagascar n’a pas été en reste pour cela et à célébrer comme elle se doit cette date historique. Pour rappel, Le 10 décembre 1948, les 58 États Membres de l’Assemblée générale ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris au Palais). Pour commémorer son adoption, la Journée des droits de l’Homme est célébrée chaque année le 10 décembre.

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Article 1 DUDH

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. » Article 19 DUDH

Télécharger gratuitement ici le n°4 du magazine

CONSTATS ET RECOMMANDATIONS SUR LA COMMUNICATION MÉDIATIQUE AUTOUR DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018

CONSTATS ET RECOMMANDATIONS SUR LA COMMUNICATION MÉDIATIQUE AUTOUR DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018

A l’issue du scrutin présidentiel du 7 novembre 2018, ILONTSERA, en tant qu’Observatoire indépendant des médias et de la communication à Madagascar – Ilontsera, fait le constat suivant :

– La Cellule de veille n’a pas pu empêcher les dérives de certains médias, journalistes et communicateurs,

– La majorité des médias sont devenus les supports des surenchères électorales au détriment des débats d’idées plus enrichissants,

– L’avalanche des comptes « fake » et des « fake news » à base de diffamation, de diffusion de fausses nouvelles que ni la Cellule de veille ni la Brigade anti cybercriminalité n’ont pu endiguer,

– L’évocation de la vie privée de certains candidats et des attaques personnelles ont été utilisées comme « arguments électoraux »,

– La politisation à outrance des médias qui se sont engagés d’une façon ou d’une autre et à un degré tel dans la propagande au point de sombrer dans un délire politico-médiatique collectif,

– L’éthique et la déontologie ont été mises en sourdine, bon gré mal gré, le temps de la propagande,

– Une situation confuse qui déroute le citoyen-électeur ni extrémiste ni fanatisé, dépossédé d’une vraie information pouvant l’aider à distinguer le bon grain de l’ivraie,

– Certains médias inféodés à des candidats ont participé dangereusement à la manipulation des concepts de caste, ethnie, race et couleur à des fins de campagne électorale,

– Les médias publics se sont efforcés de respecter les dispositions prévues par la loi en termes d’équité et d’équilibre d’accès entre tous les candidats,

– Les candidats les mieux placés au 1er tour sont propriétaires de médias et/ou ont pu négocier un « bon partenariat », ce qui démontre une fois de plus si nécessaire la force de cette arme,

– Des atteintes à la liberté d’accès à l’information des journalistes, confiscation de matériels, menaces et pressions contrairement aux dispositions du Code de la communication médiatisée,

– La précarité de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) contribue à aggraver l’ambiance de suspicion de fraudes et de manipulation,

– Aucun rappel à l’ordre ni mise en demeure n’a été émis au risque d’encourager ces pratiques anti démocratiques et nuisibles aux Droits de l’homme, qui in fine peuvent compromettre la bonne poursuite du processus électoral.

Par conséquent, recommandons :

– Une intervention plus visible et efficiente de la Cellule de veille et des autres autorités compétentes pour le respect des lois et textes en vigueur, et partant, une communication non violente,

– Aux médias et aux journalistes d’éviter de se faire l’écho des discours de mépris, de haine et de violence et de s’interdire de véhiculer et relayer les rumeurs,

– Aux usagers des réseaux sociaux de faire montre de plus de responsabilité, contrepartie indispensable à la liberté offerte par ces outils de communication, et en distinguant l’information et le médiatique.

 

– Plus de retenue et une urgente reprise de conscience de la part de tous les acteurs médiatiques (politiciens, journalistes, médias, patrons de presse, usagers des réseaux sociaux, citoyens, société civile) s’imposent pour faire des médias des vecteurs de paix, de démocratie, et non de crise.

 

Fait à Antananarivo, le 17 novembre 2018

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar

APPEL FACE AUX MENACES ANNONCÉES D’UNE VIOLENCE ÉLECTORALE INCONTRÔLÉE

APPEL FACE AUX MENACES ANNONCÉES D’UNE VIOLENCE ÉLECTORALE INCONTRÔLÉE

  • Suite aux interpellations répétées d’ILONTSERA à travers notamment ses communiqués depuis 2017  face à la surdité, la cécité et l’aventurisme des oligarchies politiques, économiques, financières, médiatiques et communicationnelles, l’Observatoire des médias et de la communication constate :
  • Les dérives vers une escalade de la violence physique entre les partisans de certains candidats,
  • L’exacerbation d’un climat de colère, de haine, de jalousie, d’indifférence /résignation chez des populations de plus en plus fragilisées par l’aggravation des frustrations transgénérationnelles accumulées d’une classe sociale.
  • L’(a)immoralisme d’une campagne indécente, d’une communication d’une violence symbolique inégalée, celle du mensonge, du marché et de l’argent-roi (brillance, éblouissement, bling bling infantilisant…), du crime de l’oubli programmé et donc du viol des consciences, du mépris, de la revanche historique à travers le discours politique et l’utilisation brutale de la stratégie du choc des décideurs, de la démagogie outrancière et belliciste de certains candidats …
  • Le rapt d’une vraie campagne,
  • La mauvaise foi de responsables se dédouanant de l’héritage des défaillances volontaires des dispositifs électoraux (liste) et s’accommodant d’une machine à voter traditionnellement au service  des pouvoirs successifs pour des intérêts et enjeux de pouvoir,
  • La montée de la logique autoritaire du «QUI PAIE DECIDE, SILENCE ON PAIE!»
  • L’opacité apparente du jeu des forces de l’ombre…

 

 

AUSSI, ILONTSERA APPELLE  à la pluralité d’expression dans une délibération à l’échelle des localités, des habitants/associations civiles, traditionnelles, religieux/élus/entreprises/professionnels des médias/acteurs électoraux … pour des informations fiables et sincères, dans une logique de service et de conscience collectifs.

  • À un sursaut d’humanité et de fraternité dans le règlement des différends et à oeuvrer plus que jamais ensemble pour une campagne électorale dans le respect de la dignité, du Hasina et de l’humanité des citoyens,
  • À ouvrir le champ de tous les possibles, car ILONTSERA est confiant que, malgré la gravité de la situation, nous pouvons ici et maintenant délier les tensions violentes et appeler tous les acteurs électoraux à la raison et au coeur, au nom de la paix,
  • À une grande compassion pour les blessures individuelles et collectives qui ont généré tant de haine et de séparation, à apaiser ce climat de méfiance réciproque dans le pardon à défaut d’oubli,
  • À ouvrir un espace de liberté et de discernement pour un décryptage du présent et une mise en perspective réfléchie,
  • À ouvrir un espace de concertation pour un updating du code de la communication médiatisée, dans un refus de l’amnésie politique…

 

Fait à Antananarivo, le 31 octobre 2018

 

LONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

Media Matters Madagascar

UN CLIMAT MÉDIATIQUE APAISÉ : NON A UNE CRISE POST-ÉLECTORALE

UN CLIMAT MÉDIATIQUE APAISÉ : NON A UNE CRISE POST-ÉLECTORALE

ILONTSERA regrette fortement que l’Autorité Nationale de Régulation de la Communication Médiatisée (ANRCM) n’ait pas été-délibérément ?-mise en place jusqu’à cette ouverture de la campagne présidentielle et deux ans après l’entrée en vigueur du Code de la Communication Médiatisée. Et ce, malgré les enjeux vitaux de l’utilisation des médias, de l’information et de la communication pendant cette « campagne de la violence » prévisible où propos diffamatoires, discours haineux, « fake news » et rumeurs pullulent face à la présence d’extrémistes de tous bords et une presse fortement politisée pour qui les élections constituent aussi une vraie manne financière.

            La « Cellule spéciale » prévue par la Commission Electorale Nationale Indépendante  n’est pas une « AUTORITÉ ». Elle a laissé du reste libre court à toutes les dérives médiatiques : voir celles des réseaux sociaux et de certaines presses lors de la pré-campagne. La neutralité politique du Ministère de tutelle étant mise à mal en cette période de joutes électorales, aussi toute démarche de régulation est considérée comme arbitraire. La CENI a publiquement limité sa compétence aux médias publics : alors, à défaut d’une entité neutre et indépendante, respectons au moins le Code électoral si controversé et chèrement payé. 

            Le spectre d’une crise post-électorale plane de nouveau entre ceux qui affirment d’ores et déjà ne pas reconnaître les prochains résultats, ceux qui appellent au boycott ou report, ceux qui prétendent être assurés de leur victoire, ceux qui rejettent carrément les élections.La clé de l’apaisement appartient aux médias et aux journalistes dont le respect de l’éthique, de la déontologie et de l’honnêteté sont les seules armes pour faire face aux pressions diverses et conjurer les situations périlleuses.

            Mais il s’agit avant tout pour les citoyens de faire preuve de lucidité et de responsabilité en refusant de relayer les rumeurs, les fausses informations évidentes. La prise de responsabilité individuelle et collective, dans un esprit de respect mutuel, reste le garant d’un climat politique apaisé. Laissez juste toutes les idées s’exprimer et le peuple maître de lui-même.

Fait à Antananarivo, ce 15 octobre 2018      

 

 

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

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MAGAZINE TRANDRAKA 3

MAGAZINE TRANDRAKA 3

Depuis le début, ILONTSERA est partenaire du magazine d’investigation Trandraka publié par l’UNESCO dans le cadre du Projet Institutions Démocratiques Intègres Représentatives et Crédibles (IDIRC), financé par le Fonds pour la Consolidation de la paix. Il est mis en œuvre par l’UNESCO, le PNUD et le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme, en collaboration avec le Gouvernement Malagasy.

Le numéro 3 du magazine d’investigation Trandraka 3 est sorti officiellement ce jour à l’hôtel du Louvre Antaninarenina. Un évènement couplé avec la sortie de promotion des 25 journalistes nouvellement formés en matière d’investigation, qui ont été les contributeurs du magazine.

Pour cette troisième parution, l’article sélectionné pour faire la Une du magazine est la « Pénurie d’eau dans le Sud entraînant des milliards d’Ariary ‘noyés’ dans le Château d’eau d’Ambovombe ». L’article parle des zones d’ombre qui se cachent derrière cette pénurie d’eau chronique dans le « deep-south » ; malgré l’immense potentiel en ressources naturelles de la région.

Les autres articles sont tous aussi pertinents car ils parlent tous des problèmes de la société Malagasy.

Nous rappelons que « Trandraka » est un magazine gratuit.

Télécharger gratuitement ici le n°3 du magazine

LA DECLARATION D’UTILITE PUBLIQUE NE DOIT PAS ETRE UTILISEE ABUSIVEMENT AU DETRIMENT DES COMMUNAUTES LESEES PAR LE PROJET TOLIARA SANDS

LA DECLARATION D’UTILITE PUBLIQUE NE DOIT PAS ETRE UTILISEE ABUSIVEMENT AU DETRIMENT DES COMMUNAUTES LESEES PAR LE PROJET TOLIARA SANDS

De nombreuses organisations ainsi que le grand public à Madagascar et dans le monde se rappellent les Communiqués publiés par l’association MAZOTO (Miaro Aina-Zon’olombelona-Tontolo iainana) qui regroupe les représentants des communautés riveraines du projet minier Toliara Sands, dans lesquels les responsables de cette association soulignaient le refus de ce projet d’extraction d’ilménite et de métaux lourds précieux par les communautés concernées. Malgré cette opposition exprimée notamment dans un memorandum en date du 5 novembre 2014 par les représentants de 17 fokontany des communes d’Ankilimalinike, Milenake, Tsianisiha, Marofoty, Ankililoaka, et Manombo Sud qui ont pris la parole au cours de l’audience publique du 19 octobre 2014 à Toliara, ce projet minier destructeur de l’environnement et des moyens d’existence des communautés locales a reçu son permis d’exploitation en juin 2016.

Au mois de décembre 2017 et février 2018, les communautés des pêcheurs Vezo ont organisé des manifestations publiques conjointement avec l’Association MA.ZO.TO. pour s’opposer catégoriquement à la construction du port nécessaire au projet Toliara Sands sur la plage d’Andaboy qui constitue non seulement leur unique aire de loisirs mais aussi un site cultuel important pour la communauté Vezo.

Dans ce contexte de contestation grandissante des mesures d’acquisition foncière du projet Toliara Sands, une décision du Conseil des Ministres du 11 avril 2018 a manifesté la volonté délibérée d’étouffer l’opposition légitime des communautés de pêcheurs menacées, avec l’adoption du « Décret déclarant d’Utilité Publique les travaux de construction des infrastructures portuaire et routière reliant le nouveau port au site minier de Toliara Sands SARL situés à environ 50 km au Nord de la ville de Toliara et portant acquisition par voie amiable ou par expropriation pour cause d’utilité publique des parcelles de terrain et/ou immeuble touchés. »

Peu après la prise de fonction du nouveau Ministre des Mines et du Pétrole, le Conseil des Ministres du 18 juillet dernier a pris un « Décret déclarant d’Utilité Publique les travaux d’exploitation dans le périmètre des sites miniers de TOLIARA SANDS SARL situés dans les Communes d’Ankilimalinike, Tsianisiha et portant acquisition par voie amiable ou par expropriation pour cause d’utilité publique des parcelles de terrain et/ou immeubles touchés par ces travaux. »

Le CRAAD-OI et l’Association MA.ZO.TO. ainsi que tous les signataires de ce Communiqué dénoncent avec la plus grande vigueur cet usage de plus en plus abusif de la Déclaration d’Utilité Publique au bénéfice des intérêts privés étrangers des opérateurs du projet Toliara Sands, et au détriment des membres des communautés concernées qui seront obligés de quitter des terres qui étaient leur propriété et leur moyen de subsistance traditionnel.

Nous attirons l’attention des responsables étatiques concernés sur le caractère inacceptable de l’éviction forcée de centaines de milliers d’occupants des terres qu’ils s’apprêtent à faire au moyen de cette Déclaration d’Utilité Publique, et qui aura des conséquences désastreuses sur les droits civils, politiques, fonciers, économiques, sociaux et culturels fondamentaux de ces occupants, que ce soit individuellement ou collectivement. Il est intolérable que la protection des investisseurs étrangers justifie la destruction de ce que les victimes des évictions forcées prévues ont travaillé à édifier pendant des dizaines d’années, et la disparition de leurs moyens d’existence, de leur vie culturelle, communautaire, familiale, et de leurs foyers mêmes.

Nous rappelons aux autorités qu’elles sont les premières responsables du respect et de la protection des droits des communautés concernées, et qu’en tant que membres de la société civile, nous assumerons pleinement nos rôles de veille et d’interpellation à cet égard.

Fait à Antananarivo, ce 18 juillet 2018

 

Les organisations signataires de ce Communiqué sont les suivantes :
Association MA.ZO.TO.
CRAAD-OI
Collectif pour la défense des terres malgaches – TANY
TAFO MIHAAVO
KMF-CNOE
WWF
ILONTSERA – Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar
FENASOBE
Réseau pour la Transparence et la Redevabilité Sociale à Madagascar (RTRSM)

NON À LA BARBARIE, OUI À L’HUMANITÉ

NON À LA BARBARIE, OUI À L’HUMANITÉ

ILONTSERA s’associe aux douleurs des familles endeuillées lors de la manifestation du 21 avril dernier et souhaite un prompt rétablissement aux blessés. L’Observatoire des médias et de la communication regrette que l’espoir démocratique populaire soulevé fût suivi de crimes et  blessures, aggravant sa régression déjà maintes fois dénoncée. Une fois de trop, le sang a coulé au nom de la politique de la peur, de la barbarie, du déni d’humanité, de l’autisme aux cris de détresse et de désespoir  d’un peuple à genoux, méprisé, exaspéré, saigné à blanc, humilié, dépossédé de ses droits et de son histoire délibérément raturée, condamné malgré lui à une servitude volontaire… la politique des oligarchies du mensonge, de l’imposture, de la vénalité, de l’obsession du pouvoir, de l’argent et de la brillance….

                La politique de l’irresponsabilité  face aux forces de l’ombre, de la finance et des marchés…  la politique des piètres politiciens de métier ou opportunistes dont l’inculture historique et politique est si lamentablement travestie autant par une morgue insolente à travers la violence indécente du langage que l’héritage des dérives autocratiques mortifères dans la pratique du pouvoir, d’où qu’on intervienne. La recherche trop facile de bouc émissaire à leurs carences,  comme le vieux et dangereux réflexe du réveil, déjà perceptible, des fantômes du passé- celui de l’ethnicisation des rapports sociaux et politiques en l’absence d’une force d’analyse- leur restent rédhibitoires.  

                La même cécité politique dans les tentatives de musèlement de Marc Ravalomanana à Toliara (6 janvier 2018) et Ambalavao (18 avril 2018) et d’Andry Rajoelina à Mahajanga (30 mars 2018), le forcing éhonté du vote controversé du projet de loi organique relative aux élections au mépris de la Commission consultative, la duperie programmée du vote de la loi sur les ZES -celle de la prédation institutionnalisée- ont excédé non seulement les partisans des deux camps politiques opposants au régime, mais aussi une frange importante de la majorité jusque là silencieuse et dont la conscience politique est réelle. L’explosion de joie des manifestants investissant légitimement le parvis de l’hôtel de ville suite au repli des forces de défense et de sécurité ce samedi 21 avril 2018 est suffisamment emblématique  d’une vitalité réprimée des aspirations démocratiques.

                La surdité politique aux interpellations répétées de « la société civile » avec le mouvement « Aok’izay » du 15 mars 2018, au communiqué du 29 mars 2018 d’ILONTSERA lancé à qui de droit, conjurant une nouvelle tragédie, précédant le vote contesté du projet de loi sus –cité… mais en vain, est révélatrice  de l’aveuglement d’une gouvernance décadente. OR, la communication politique est prioritairement une affaire d’écoute. Elle ne peut se réduire à un décryptage simpliste, tronqué, limitant, de l’histoire de notre Peuple- celle pré ou post 1972 occultée ou ignorée- à celui d’une lecture courte par des forces conservatrices postcoloniales… à des poncifs éculés.

                Par conséquent, ILONTSERA appelle au respect de la liberté d’expression, des droits civils et politiques et des droits de l’homme, pour plus d’égalité sociale, politique, plus d’humanité,  de fraternité et de solidarité, dans la délibération collective et publique des fokonolona, tout en condamnant la répression des forces démocratiques.

                Par ailleurs, l’Observatoire des médias et de la communication condamne avec fermeté la violence multiforme faite aux journalistes quels que soient leurs organes d’appartenance et leurs tendances politiques. Nous appelons les autorités à une lecture plus lucide de l’histoire, à plus de hauteur et d’ouverture dans le respect des droits incombant à la presse en ces moments tragiques, au nom du droit à l’information de chaque citoyen. Nous renouvelons notre confiance auprès des journalistes qui poursuivront leur difficile mission, celle d’un engagement démocratique, en toute responsabilité, avec vigilance et exigence, dans les circonstances aussi complexes que nous vivons, dans le respect de l’éthique, de la déontologie, celui de la vérité des faits, quelles que soient les issues aujourd’hui encore incertaines de cette situation.

Fait à Antananarivo, ce 23 avril 2018

 

 

 

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

Media Matters Madagascar