Loi sur la communication – La publication des informations à huis clos interdite

Loi sur la communication – La publication des informations à huis clos interdite

Le Sénat bétonne l’interdiction de publication des débats à huis clos. Un coup dur tant pour l’exercice du journalisme que pour le principe de recevabilité, ainsi que la transparence et l’accès à l’information.

L’ESSENCE même du journalisme moderne est en danger. Le Sénat s’aligne à l’Assemblée nationale. Tout comme les députés, les membres de la Chambre haute refusent l’abrogation de l’article 19 du code de la communication médiatisée.

Le projet de loi portant modification du code de la communication médiatisée a été adopté par l’institution d’Anosy, hier. Les sénateurs y ont apporté quelques amendements, dont le plus important est le maintien des dispositions de
l’article 19 de ce code. Le texte défendu par le ministère de la Communication et de la Culture prévoit, pourtant, l’abrogation de cet article.

L’article 19 du code de la communication actuellement en vigueur prévoit, « est interdite la publication non autorisée des débats à huis clos, des rapports ou tout autre document tenus ou établis au sein des institutions de la République pouvant compromettre l’ordre public ou la sécurité nationale dont l’appréciation relève des juridictions ». À la lecture de la nouvelle formulation votée par la Chambre haute, la disposition est visiblement, plus rigide.

Secret défense

L’amendement apporté par le Sénat au projet de loi adopté, hier, se lit, « toutefois, est interdite la publication des débats à huis clos, des rapports ou tout autre document tenus ou établis au sein des institutions de la République ». Une formulation, de prime abord, en contradiction avec les alinéas précédents, également, adoptés, hier. L’un d’entre eux soutient que « le journaliste a le droit d’accès à toutes les sources d’informations, dont les données et les statistiques. Le journaliste a le droit de s’informer sur tous les faits d’intérêt public ».

Ni les responsables du ministère de la Communication et de la Culture, ni les Organisations de la Société Civile ne sont donc, parvenus à convaincre le Sénat de voter l’abrogation de l’article 19. Durant la commission plénière avant le vote, la Chambre haute aurait soulevé qu’ils s’en tiennent surtout, « au principe du huis clos ». Que dans la gestion d’un État, il y a toujours des sujets qui ne peuvent être rendus publics.

Garry Fabrice Ranaivoson

Paru dans l’Express de Madagascar ce 20 juin 2020

 

Madagascar: les derniers symboles rendant hommage aux figures du colonialisme en question

Madagascar: les derniers symboles rendant hommage aux figures du colonialisme en question

Le mouvement de contestation relatif à la mise en valeur des figures du colonialisme, par le biais de statues, noms de rues, stèles commémoratives, gagne de nombreux pays. Les Malgaches, eux, n’ont pour le moment pas encore rallié le mouvement. Et pour cause : sur la Grande Île, la plupart des statues et des noms de rues à l’effigie des personnalités du colonialisme ont été déboulonnées ou débaptisés entre 1960 – date de l’indépendance – et les années 2000. Mais restent encore quelques exceptions que la société civile et l’Etat espèrent pouvoir remplacer bientôt.

Certains rares lieux de Madagascar portent encore le sceau des figures de la colonisation, comme la place Joffre à Diego-Suarez (colonel à Madagascar durant la campagne de colonisation sous Gallieni au tout début du XXe siècle) ou le boulevard Augagneur à Tamatave (gouverneur colonial de 1905-1910). Mais ils ne sont plus qu’une poignée, la très grande majorité ayant été renommés. Toutefois, dans le paysage de la capitale, restent encore les lycées « Gallieni d’Andohalo » et « Jules Ferry » qui détonnent avec l’histoire actuelle de l’île, explique l’enseignante chercheuse Monique Rakotoanosy.

« Ces lycées ont été débaptisés après le mouvement populaire de 1972. C’était un mouvement de revendications pour la suppression et/ou la révision des accords de coopération qui étaient perçus à l’époque comme des accords néocoloniaux. C’était des revendications identitaires, aussi bien sur le plan politique, que sur le plan linguistique et social. Le Lycée Jules Ferry a été renommé Lycée de Faravohitra, du nom du quartier dans lequel il est implanté. Mais curieusement, il a été rebaptisé il y a au moins 20 ans… Lycée Jules Ferry ! »

Au sein de l’Observatoire des médias et de la communication qu’elle dirige, un travail de plaidoyer est en cours pour changer le nom de l’établissement. « J’estime qu’il y a beaucoup de personnalités malgaches qui mériteraient cet hommage historique. Des femmes, aussi bien de l’histoire ancienne que de l’histoire récente, qui mériteraient d’avoir leur nom sur le fronton de ce lycée. J’estime aussi qu’il y a un travail de sensibilisation et d’un éveil des consciences pour débaptiser ce lieu. Mais peut-être que comme en 72 et en 75 particulièrement, l’initiative devrait également venir des politiques… »

Contacté, le ministère de la Culture indique avoir initié depuis l’an dernier un projet de rebaptisation de toutes les infrastructures bâties du temps de la colonisation, notamment routières, scolaires et hospitalières et même des noms des quartiers, districts, voire des régions. Et cela, en vue de la célébration du 60e anniversaire du retour de notre indépendance.

« Un comité a été mis en place au sein du ministère de la Culture pour entamer ce processus ; des consultations ont débuté avec certaines familles des grands noms qui ont marqué l’histoire de Madagascar dans tous les domaines », explique la ministre de la Communication et de la Culture, Lalatiana Andriatongarivo Rakotondrazafy.

Toutefois cette dernière confesse que les travaux n’ont pas beaucoup avancé à cause de l’arrivée du Covid-19. « Mais nous projetons de terminer ce projet le 14 octobre de cette année », conclut la ministre, date anniversaire de la proclamation de la République malgache.

Avec la correspondante de RFI à Antananarivo, Sarah Tétaud

16 juin 2020

 

Article source de RFI