CONSTATS ET RECOMMANDATIONS SUR LA COMMUNICATION MÉDIATIQUE AUTOUR DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018

CONSTATS ET RECOMMANDATIONS SUR LA COMMUNICATION MÉDIATIQUE AUTOUR DE L’ELECTION PRÉSIDENTIELLE 2018

A l’issue du scrutin présidentiel du 7 novembre 2018, ILONTSERA, en tant qu’Observatoire indépendant des médias et de la communication à Madagascar – Ilontsera, fait le constat suivant :

– La Cellule de veille n’a pas pu empêcher les dérives de certains médias, journalistes et communicateurs,

– La majorité des médias sont devenus les supports des surenchères électorales au détriment des débats d’idées plus enrichissants,

– L’avalanche des comptes « fake » et des « fake news » à base de diffamation, de diffusion de fausses nouvelles que ni la Cellule de veille ni la Brigade anti cybercriminalité n’ont pu endiguer,

– L’évocation de la vie privée de certains candidats et des attaques personnelles ont été utilisées comme « arguments électoraux »,

– La politisation à outrance des médias qui se sont engagés d’une façon ou d’une autre et à un degré tel dans la propagande au point de sombrer dans un délire politico-médiatique collectif,

– L’éthique et la déontologie ont été mises en sourdine, bon gré mal gré, le temps de la propagande,

– Une situation confuse qui déroute le citoyen-électeur ni extrémiste ni fanatisé, dépossédé d’une vraie information pouvant l’aider à distinguer le bon grain de l’ivraie,

– Certains médias inféodés à des candidats ont participé dangereusement à la manipulation des concepts de caste, ethnie, race et couleur à des fins de campagne électorale,

– Les médias publics se sont efforcés de respecter les dispositions prévues par la loi en termes d’équité et d’équilibre d’accès entre tous les candidats,

– Les candidats les mieux placés au 1er tour sont propriétaires de médias et/ou ont pu négocier un « bon partenariat », ce qui démontre une fois de plus si nécessaire la force de cette arme,

– Des atteintes à la liberté d’accès à l’information des journalistes, confiscation de matériels, menaces et pressions contrairement aux dispositions du Code de la communication médiatisée,

– La précarité de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) contribue à aggraver l’ambiance de suspicion de fraudes et de manipulation,

– Aucun rappel à l’ordre ni mise en demeure n’a été émis au risque d’encourager ces pratiques anti démocratiques et nuisibles aux Droits de l’homme, qui in fine peuvent compromettre la bonne poursuite du processus électoral.

Par conséquent, recommandons :

– Une intervention plus visible et efficiente de la Cellule de veille et des autres autorités compétentes pour le respect des lois et textes en vigueur, et partant, une communication non violente,

– Aux médias et aux journalistes d’éviter de se faire l’écho des discours de mépris, de haine et de violence et de s’interdire de véhiculer et relayer les rumeurs,

– Aux usagers des réseaux sociaux de faire montre de plus de responsabilité, contrepartie indispensable à la liberté offerte par ces outils de communication, et en distinguant l’information et le médiatique.

 

– Plus de retenue et une urgente reprise de conscience de la part de tous les acteurs médiatiques (politiciens, journalistes, médias, patrons de presse, usagers des réseaux sociaux, citoyens, société civile) s’imposent pour faire des médias des vecteurs de paix, de démocratie, et non de crise.

 

Fait à Antananarivo, le 17 novembre 2018

ILONTSERA

Ivom-pandalinana ny Tontolon’ny Serasera marolafika eto Madagasikara

                                            Observatoire des Médias et de la Communication à Madagascar

                                                                                   Media Matters Madagascar

VIOLENCE CONTRE LES JOURNALISTES Madagascar à la Conférence d’Arusha, les 2 et 3 novembre 2018

VIOLENCE CONTRE LES JOURNALISTES Madagascar à la Conférence d’Arusha, les 2 et 3 novembre 2018

Depuis l’adoption, en 2012, par les Nations-Unies d’une Résolution et d’un Plan d’action sur la protection des journalistes, chaque 2 novembre est déclaré Journée internationale de lutte contre l’impunité des crimes commis envers les journalistes. Cette date a été choisie en l’honneur des deux journalistes français, Ghislaine Dupont et Claude Vernon, tués au Mali, le 2 novembre 2013. D’autres crimes contre des journalistes commis en Afrique dont celui contre le Burkinabé Norbert Zongo (1998) restent tout aussi impunis jusqu’à maintenant tout comme celui récemment contre le Saoudien Jamal Kasshoggi (2018). Entre 2006 et 2017, plus de 1000 journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier dans le monde.

En novembre 2017, à l’initiative de l’UNESCO, les pays de l’Est africain se sont engagés contre ces crimes et impunités à travers la Déclaration de Nairobi réunissant l’Ethiopie, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du sud, Tanzanie, et Uganda. L’objectif est d’instaurer un mécanisme national en faveur de cette lutte réunissant les journalistes, les médias, les gouvernements, les forces de sécurité et la Société civile. Madagascar a rejoint également le processus par les biais du Projet Institutions Démocratiques, Intègres, Représentatives et Crédibles (IDIRC) initié par l’UNESCO et ses partenaires locaux qui sont déjà à l’œuvre dans l’élaboration d’un Protocole d’accord et d’un Guide commun de communication pour harmoniser la collaboration de ces diverses entités. Madagascar a eu une délégation lors de la Conférence d’Arusha (Tanzanie), les 2 et 3 novembre 2018, où elle a pu partager ses expériences en la matière.